Une langue qui ne fourche point

Une langue qui ne fourche point

2 grenobloises, un seyssinet… bref un autre grenoblois, et un nantais qui auront à cœur de prouver que l’on peut accéder à la haute montagne et marcher en tenant des propos cohérents. Un peu de finesse dans une montagne à l’état brut :
Bruno, Clarine, Emmanuelle et Greg

Pour cela il nous faut un sommet à la fois inspirant et accessible, physiquement et techniquement. Nous trouverons notre bonheur dans le nord du massif du Mont-Blanc avec la Petite Fourche ( 3520 m ) :

1re ascension : 16 août 1877 – Henri Copt, Édouard Dufour, Henry Remsen Whitehouse. Par le versant Nord-Ouest (voie normale actuelle)

Lors de cette ascension, nous emprunterons le glacier du Tour :

Le glacier du Tour est le glacier le plus en amont de la vallée de Chamonix. Sa partie inférieure est visible depuis la vallée mais ne constitue qu’une partie minime de sa globalité. Le reste du glacier, invisible depuis la vallée, est constitué d’un grand plateau glaciaire, entouré de l’aiguille du Tour, la Grande Fourche et de l’aiguille du Chardonnet. Sa largeur maximale est de plus de 3 000 mètres au niveau de ce plateau, mais elle est inférieure au kilomètre au niveau de la langue terminale. Le glacier du tour se termine sur une grande pente rocheuse, haute de près de 800 mètres. Cette pente était entièrement recouverte par le glacier au petit âge glaciaire.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Glacier_du_Tour

Départ 17h00 au centre-ville de Grenoble, nous arriverons au pays du Mont-Blanc vers 19h30. Camping sur le hameau des Bossons à l’entrée de Chamonix, aux 2 glaciers . Les campings de la vallée étant tous très confortables et peu onéreux (10 € / personne en haute saison), celui-ci ne déroge pas à la règle. Installation très rapide puis départ pour le centre de Chamonix afin de passer la soirée.

Stationnement au parking des Planards qui vient récemment de devenir payant. Les places gratuites à Chamonix deviennent quasiment inexistantes. Le succès populaire de cette ville entrainant logiquement et malheureusement cette évolution. P’tite balade en ville puis on finit par se poser au bar restaurant le Big Mountain. Bières brassées localement et pizza excellentes pour un prix des plus raisonnable (assez rare à Chamonix !) nous avons passé une très bonne soirée ! Retour au camping après 23h et dodo.


Lever à 7h00. La nuit aura été douce et la rosée du matin quasi inexistante. Cela sera pratique pour plier et ranger les tentes ! P’tite toilette et/ou douche et nous voilà partis. Avant notre destination finale nous nous arrêtons au Fournil Chamoniard à Argentière. Boulangerie où nous nous posons afin de prendre notre petit déjeuner. Cela permet également de faire le briefing du week-end. Nous profiterons de l’endroit pour emporter notre pic-nic du midi. Un dernier petit tour au magasin alimentaire du coin (U) et nous filons vers le hameau du Tour situé à 5 mns en voiture.

Nous nous stationnons sur le grand parking, qu’on imagine aisément pris d’assaut l’hiver (Le Tour faisant partie du domaine skiable Balme – Vallorcine lui même rattaché au domaine Chamonix-Mont-Blanc). On notera que ce parking devrait passer payant d’ici peu (installation de barrière d’accès, qui ne sont pas encore opérationnelles).

Nous nous changeons et prenons rapidement le sentier d’accès au refuge Albert 1er. 9h40 pour ce départ qui peut paraître précoce mais … on annonce des averses orageuses en début d’après-midi !

La décision est prise de passer par le sentier traditionnel (Charamillon) et de délaisser l’accès par la Fenêtre du Tour et la moraine. Nos sacs à dos sont bien chargés, inutile de rajouter une quelconque difficulté. La pluie arrivera à mi-parcours. Elle ne sera – forcément – pas agréable mais sa faible densité ne constituera pas un frein au reste de notre progression.


Nous arrivons au refuge sur les coups de 13h00. Légèrement trempés et heureux de pouvoir enlever nos affaires dans un établissement moderne qui a la place et les capacités de stockage nécessaires pour les faire sécher. Nous oublions l’idée 1ère qui était de faire des exercices sur le glacier du Tour et passons une après-midi plutôt studieuse (sieste pour les uns, jeux de cartes pour d’autres)

Vers 16h30 nous descendrons au local hébergeant nos affaires techniques. Ceci afin de régler les crampons et de revoir les règles de base élémentaires pour toute progression sur glacier. Il s’agit d’une grande 1ère pour Bruno qui recevra pour la 2nde fois une pluie en ce jour. Il s’agira simplement d’informations cette fois-ci ! Nous remontrons dans le réfectoire, prendront l’apéro et nous souperons pour finir.

La nuit s’effectuera dans un dortoir « privatisé ». Il comporte 6 couchages et nous ne sommes que 4. Quel confort !

En 1930 le Club Alpin Belge (CAB) offre au club Alpin Français, un refuge au dessus du glacier du Tour. Celui-ci sera nommé Albert 1er pour rendre hommage à Albert 1er (né en 1875, mort en 1934 à 58 ans) roi des belges, de 1909 à 1934, année de son décès. Surnommé le roi alpiniste, il aura effectué 200 ascensions dont le Cervin, la traversée des Drus, l’aiguille du Grand Charmoz, le Piz Bernina, la Jungfrau, …

Pour en savoir + : https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Ier_(roi_des_Belges)#Le_roi_alpiniste

Le refuge « historique » en bois sera agrandi en 1935 (il sert désormais de refuge d’hiver). Un nouveau refuge (l’actuel) est érigé en 1959, celui-ci sera fait de pierres. Afin de répondre aux besoins et normes actuels, il est rénové de 2012 à 2014, en apportant – entre autre – un étage supplémentaire.


Nous ne parlerons pas de la nuit. Certaines en conserveront un bien mauvais souvenir ! Et pas seulement à cause du violent orage qui sévit dehors ! 🙂 Nous tairons par respect l’identité du fautif. Personne n’ayant besoin de savoir qu’il habite Nantes …

Le temps est annoncé pluvieux en début de matinée, se dégageant par la suite. Nous décidons donc d’un lever tardif (rare et appréciable en refuge de haute-montagne) à 5h00, p’tit déjeuner dans la foulée. Départ prévu à 5h30 … qui ne sera effectif qu’aux environs de 6h00. La pluie et le vent nous contraignant à rester dans le local jusque là.

Nous n’aurons pas besoin des frontales, il fera presque jour lorsque nous entamerons notre ascension. Celle-ci s’effectuera aisément dans un 1er temps, le sentier se devinant facilement et les cairns étant bien visibles. Pour notre plus grand « bonheur » nous avons eu la chance d’être précédé par un guide accompagnant ses 4 clients. Oui nous pensons être réellement chanceux, cette cordée de 5 se rendant également à la Petite Fourche. La montagne ne déroge pas à la vie quotidienne : La 1ère impression n’est pas toujours la bonne !

#1 décision pouvant être contestée : quitter le sentier d’approche vers le glacier trop tôt et s’engager dans une désescalade à la qualité douteuse pour rejoindre le glacier à un endroit non approprié aux débutants.

#2 décision pouvant être contestée : attendre tardivement pour s’équiper de crampons, dans un pente de neige assez raide. Une cliente glisse sans arrêt mais rien n’y fera …

#3 décision pouvant être contestée : Choisir une zone crevassée plutôt que de l’éviter (voir image ci-dessous). Une de ses clientes tombera dans une crevasse (sans gravité étant 5 sur une corde) mais cela ne l’arrêtera pas il s’entêtera, s’entêtera … Grâce à lui (guide) nous sauterons au dessus de cette crevasse par 2 fois.

En dehors de cela nous avons les pris les bonnes décisions. Enfiler les crampons dés que la nécessité s’en est faite ressentir, évoluer sans trop de visibilité (nuages) mais sans prendre de risque inutiles. Et – enfin – quitter les pas de ce guide décidemment dans un mauvais jour ! Nous finirons l’accès au Col Blanc avec une autre cordée.


Une fois cette bonne décision prise, nous passons sans encombre les difficultés et arrivons – enfin ! – au Col Blanc ( 3405 m ). Bruno dont c’est la 1ère sortie en haute montagne (!) s’arrêtera là, sentant la fatigue pointée le bout de son nez. Bravo à lui d’avoir grimpé jusqu’ici, contrat rempli ! la suite lui donnera raison. La pente se raidit (40°) dans l’asseau final de cette Petite Fourche, la neige n’est pas d’excellente qualité, nous passerons par un mixte pas forcément très agréable en rive droite du couloir (neige sur un rocher qui se délite). Nous arrivons sous le sommet (sorte de col gardé par un gendarme rocheux). Clarine s’arrête là. Que de progrès pour elle, qui aura été facile jusque là ! L’entrainement paie et le Mont Blanc ne représente plus une utopie pour elle (il faudra néanmoins valider le 1er « 4000 » avant)

Emmanuelle est tranquille quand à elle , jusqu’au sommet que l’on préfère … abandonner à 10 m près tout en étant à sa hauteur, à 0,75 m près on va dire. Il faut passer par un pas qui n’est ni protégé ni protégeable dans les conditions du moment. Tous les 2 (elle et Greg) décident que le plaisir a été présent et que l’on peut se contenter de cela !

Nous retrouvons rapidement Clarine, et à 3 nous subissons quelques glissades dans les pentes de neige ! Au passage tout le monde aura eu le bon réflexe pour enrayer la chute et aura conservé son sourire et sa bonne humeur !

Nous rejoignons Bruno qui aura réussi à se réchauffer et à profiter pleinement de sa pause. Le beau temps a gagné le secteur et nous émerveillerons des vues qui s’offrent à nous.


Il nous faut entamer la descente, car il ne fait pas chaud là haut malgré un ciel enfin devenu bleu ! Celui-ci accompagnera notre retour ! On fera tout pour éviter les difficultés. Les sommets du secteur se dévoileront enfin (Aiguille du Tour, Grande Fourche, Aiguille d’Argentière et la magnifique Aiguille du Chardonnet)

Une fois sortis du glacier du Tour, revenus à 2800m, nous nous déséquiperons avec beaucoup de plaisir ! De la sensation désagréable d’être envahi par le froid quelques centaines de mètres plus haut, nous sommes cette fois pris par une soudaine envie d’enlever nos vêtements ! Il fait chaud et cela n’est pas pour nous déplaire lorsque l’on se souvient de notre arrivée la veille, au refuge, et notre début d’ascension en ce jour. Le retour jusqu’au refuge Albert 1er s’effectuera en toute quiétude.


Nous arriverons à 13h00 au refuge. Nous prendrons notre temps, et une pause sucrée pour certains, avant d’entamer la descente vers le hameau du Tour. Nous l’effectuerons tranquillement mais à un rythme toujours constant. Nous croiserons beaucoup de monde montant au refuge ce dimanche 30 juillet 2023. Beaucoup de randonneurs qui profitent du beau temps pour effectuer une belle sortie. Sortie qui permet d’accéder de près à la haute montagne.

Quelques bobos se font ressentir et la moitié de l’équipe finira par emprunter les télécabines de Charamillon pour effectuer les 400 derniers mètres de D-.

Tout le monde se retrouve au parking, nous nous changeons et nous quittons le hameau du Tour pour nous rendre à Argentière afin de se restaurer. Il est 17h00, nous nous installons au bar – restaurant The office. Bières et burgers au menu, une pause très agréable et surtout bien méritée !!


Une sortie qui s’annonçait incertaine eu égard à une météo qui l’était tout autant. J’éviterai le traditionnel jeu de mots qui mêle « météo » et « bistrot », car même sans mauvaise météo on aime bien finir une sortie montagne au bistrot !

Un sommet déjà effectué en 2018 mais revisité cette fois-ci en nouvelle compagnie et avec des conditions (météo et terrain) différentes. Un véritable plaisir d’accompagner 2 amies grenobloises et un ami nantais dont c’était la 1ère sortie en haute montagne. Des images plein la tête forcément pour tout le monde !

Images devenant souvenirs qui donneront à tout le monde l’envie de réitérer l’expérience !

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